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michel bossé

 

J'ai participé à 2 expéditions de 15 mois en Terre Adélie avec l'équipe de Paul-Emile Victor (1968 et 1973). En tant que micromécanicien, j'avais en charge la maintenance des appareils scientifiques de la base. J'avais aussi pour mission d'observer les aurores australes pour l'Astrophysique de Paris.  Antarctica est une exposition de photos proposée aux services culturels des collectivités locales (centre culturels, médiathèques, bibliothèques, etc...)  Le silence du Pôle sud est un album de photos en noir et blanc de la banquise.

Vivre à Dumont-d'Urville

Pendant longtemps, on a cru que l’homme ne pourrait jamais survivre aux conditions climatiques du Pôle sud en hiver et à la nuit australe. En 1898, quand la Belgica, qui était commandée par Adrien de Gerlache, se retrouva prise au piège de la banquise, on imagine l’état d'esprit des hommes de la Belgica. Personne avant eux n'avait passé l'hiver en Antarctique.

Quand j'étais à Dumont-d’Urville, cela n’avait plus rien à voir avec le passé mythique des grands explorateurs, mais la nuit polaire avait gardé son caractère initiatique. L’homme, a écrit Nansen, ne peut se découvrir que dans le silence des solitudes. Dumont-d’Urville était une parenthèse de luxe qui nous donnait accès au plus précieux des privilèges. Nous étions libérés du temps passé à essayer de satisfaire toutes nos frustrations de consommateurs et à courir après tous les nouveaux mirages. Spectateurs impuissants de toutes les catastrophes du monde, nous étions en cure de silence après une overdose médiatique pour découvrir qu’il y a aussi une vie après la télé.  

Notre équipe constituait un microcosme de la communauté humaine: toutes les catégories professionnelles, toutes les origines sociales, toutes les convictions politiques, philosophiques et religieuses y étaient présentes. Tout ce qui, ailleurs, nous aurait opposé. Mais la confrontation à un tel univers, aux autres et à soi-même, brouillait tous nos repères et remettait en cause nos certitudes. Pendant quinze mois, par la force des choses, nos centres d’intérêts n’étaient plus guidés par un effet de mode, une pression sociale, un matraquage médiatique, une religion, une idéologie, un intérêt économique ou une ambition personnelle. Nous échappions enfin à toutes les formes de pouvoir.  Pendant quinze mois, nous pouvions oublier le regard social et réducteur des autres, le temps de franchir la plus grande distance qu’un homme peut prendre entre lui et son image et pour aller à la découverte du plus obscur des continents, celui que nous n’avons jamais fini d’explorer: nous-mêmes. Cette émancipation était rendue possible par un environnement extra-ordinaire: l’immensité d’un espace infini, la nuit australe, les conditions climatiques extrêmes et la Beauté du monde polaire.

Michel Bossé        

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